Soutenance de thèse de Rachel LEONG le 27 Août 2025

Rachel LEONG soutiendra sa thèse le 27 Août 2025, à 10h00 (heure Réunion), dans l'amphithéâtre CHARPAK de l'Université de la Réunion, Moufia, Saint-Denis.

L'interface homme-chauve-souris — implications pour la conservation et le potentiel de propagation virale à l'île de La Réunion

Résumé: Cette thèse explore l’interface humains - chauves-souris à La Réunion à travers une approche interdisciplinaire mêlant éco-épidémiologie et socioécologie. Face aux enjeux liés aux zoonoses émergentes et à l’érosion de la biodiversité, étudier les interactions humains – animaux sauvages à l’échelle locale est essentiel. L’étude combine la dynamique écologique et perceptions humaines, en analysant comment les connaissances, les valeurs, la confiance et les processus sociaux influencent les relations avec les chauves-souris et les perceptions des risques, notamment ceux liés à la transmission des agents infectieux. Nous avons examiné la transmission virale entre la chauve-souris endémique Mormopterus francoismoutoui et des vertébrés synanthropiques (rongeurs, oiseaux). Le criblage moléculaire et les analyses phylogénétiques ont ciblé trois familles virales (Paramyxoviridae, Coronaviridae, Astroviridae), communément détectées chez cette espèce. Aucun coronavirus n’a été détecté chez les petits mammifères, mais une diversité importante d’astrovirus ayant des séquences génétiques proches de celles retrouvées chez les astrovirus de pigeons et de rongeurs a été mis en évidence. Ces résultats suggèrent des transmissions virales depuis les espèces synanthropiques vers les chauves-souris, remettant en question le postulat selon lequel ces dernières sont essentiellement des réservoirs d’agents infectieux. Une étude communautaire a identifié les interfaces écologiques et environnementales propices au contact entre espèces. L’eau et le guano, dans les gîtes et habitats partagés, apparaissent comme des points chauds de transmission. Ces habitats soutiennent la transmission à l’échelle communautaire de certaines familles virales (Astrovirus) mais tendent à démontrer une capacité limitée à la transmission inter-espèces pour d’autres (coronavirus). En s’intéressant aux perceptions et comportements des réunionnais à travers les théories de la perception du risque, ces recherches explorent également l’influence des connaissances, de la confiance dans les institutions, des valeurs pro-environnementales et des attitudes prosociales sur la perception des risques et bénéfices associés aux chauves-souris. Les données ont été recueillies par entretiens semi-structurés, enquêtes et cartographies participatives auprès de scientifiques, acteurs de la conservation, de l’aménagement du territoire, et de la santé publique. Par l’analyse du discours, du contenu et des réseaux sociaux, ces analyses mettent en lumière les récits dominants et la circulation des savoirs dans le réseau d’acteurs à l’échelle d’une île. Les analyses révèlent aussi que les perceptions sont façonnées autant par les expériences directes que par les récits culturels, la confiance institutionnelle et la visibilité des acteurs. Le réseau social étudié montre une structure semi-cohésive avec des acteurs centraux, mais aussi une forte périphérie. Cette fragmentation influence la diffusion et l’interprétation de l’information. Certains récits, comme la peur des maladies, sont amplifiés dans les groupes les moins connectés. Les messages de conservation ou de santé rencontrent parfois une résistance lorsqu’ils ignorent les valeurs locales ou les liens affectifs avec la nature. La thèse plaide pour l’intégration des savoirs locaux et des valeurs relationnelles dans les politiques de conservation et de santé publique. Elle propose une approche transdisciplinaire, combinant données écologiques et savoirs communautaires, pour favoriser une coexistence durable avec les chauves-souris, à la fois scientifiquement informée et socialement acceptable. Ce travail contribue aux débats autour de l’approche « One Health », de la conservation bioculturelle et de la résilience socioécologique dans les contextes insulaires.

Membres du jury
Dr. Camille LEBARBENCHON | Directeur de thèse
Dr. Alice HUGHES | Rapporteure
Dr. Serge MORAND | Rapporteur
Dr. Julie SHAPIRO | Examinatrice
Dr. François TAGLIONI | Examinateur


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